• La mode vestimentaire au XIIIème siècle

      La mode vestimentaire. C'est un principe qui paraît assez récent, et pourtant il est déjà vieux de plusieurs siècles. Elle n'apparaît concrètement qu'à partir du XIVème siècle, et une ville se démarque déjà dans cette nouvelle industrie dont la noblesse et la bourgeoisie raffoleront : Paris. Mais alors, vous direz-vous, pourquoi indiquer en titre le XIIIème siècle, si elle n'apparaît qu'au suivant ? Tout simplement, vous répondrai-je, parce qu'elle a, en soi, toujours existé, bien qu'elle n'ait pris d'ampleur avant les années 1320.

      Ce siècle treizième est une période de grands changements, la transition entre une certaine simplicité du Moyen Âge Classique vers davantage de complexité et de diversité. Je vous invite, si cela vous intéresse, à consulter ce document très bien fourni décrivant les costumes correspondant à la seconde moitié du siècle.

      Évidemment pour ma part, je vais tâcher de vous définir les habits de 1200 à 1250, époque où se situe l'intrigue de Fatalis. Il faut savoir que cette période est marquée par l'entrée dans le Petit Âge Glaciaire, au cours duquel les températures en Europe vont rigoureusement chuter au fil des siècles, pour ne cesser qu'au XIXème. En l'occurrence, les hivers deviennent sensiblement plus longs et la chaleur globale reste acceptable. On note entre 3 et 5°C de moins, selon les périodes. Cette différence doublera durant le Bas Moyen-Âge, triplera durant la Renaissance et quadruplera même au cours du XVIIIème siècle (on mentionne des cas de mort de froid au domicile). Ainsi, comme vous pouvez vous en douter, la vesture va s'avérer de plus en plus importante et l'on va s'assurer à ce qu'elle tienne chaud.

      Avant toute chose, intéressons-nous à l'industrie textile. Des vêtements coûtent très, très cher, et cela a été le cas jusqu'aux révolutions industrielles. Il faut en effet concevoir tout ce que cela implique : se procurer les matières premières (cultiver le lin et la laine), les travailler, les filer, les assembler, en découper, en faire des vêtements, et, enfin, les teindre. Il s'agit d'une opération nécessitant des semaines de travail. Ainsi, la populace ne se change pratiquement pas, et profite des jours fériés pour laver ses habits. Ceux-ci, avec le temps, vont perdre de leur couleur, s'abîmer... Ainsi, on finira par les rapiécer. C'est entre autres pour cette raison (en plus de l'aspect visuel) que l'on croise souvent des mélanges de couleurs à même les vêtements (comme une tunique rouge d'un côté, jaune de l'autre, avec une manche verte !). Les plus riches, eux, pourront se permettre d'avoir de beaux vêtements travaillés et, surtout, d'entretenir leur couleur pour qu'elle reste belle et vive. Par ailleurs, le bleu, le rouge et le vert passent pour avoir été les couleurs les plus populaires.

     

    I - Les sous-vêtements

      Le grand public connaît bien peu les sous-vêtements du Moyen Âge. Ceux-ci sont en trois parties parties : le cale, la chemise et les braies. Il faut savoir qu'il est considéré comme très impudique d'exhiber ces habits, plus encore de montrer les parties de son corps qu'elles couvrent. Ainsi, ils seront presque toujours couverts par les survêtements, bien que dans certains cas il soit certain que la pudeur ait été mise de côté (en plein été, difficile d'imaginer le forgeron risquer l'évanouissement dans son atelier étouffant, de même pour le paysan travaillant son champ et le soldat en campagne, comme l'atteste l'enluminure plus bas). Ces pièces-là sont toujours réalisées en lin, à quelques exceptions près (par exemple, les Cisterciens les portaient en chanvre pour se mortifier).

    Paysan travaillant la terre, vêtu de ses seules braies et de son cale.

      Le cale est ce bout de tissu que l'on pose sur sa tête. Tout le monde en possède un, car il s'avère très pratique. En outre, il permet de respecter les traditions d'Europe occidentale. En effet, chacun doit porter un couvre-chef, car si l'on vient à mourir dans la journée, on se doit d'être élégant en arrivant devant Dieu. Ainsi, le cale permet d'être couvert même si l'on a peu de moyen. C'est donc une pièce simple qui peut s'avérer utile. Lorsqu'il fait chaud et que le soleil frappe fort, il est d'usage de la plonger dans l'eau pour se rafraîchir la tête.

    Cale de lin

      La chemise, ou chainse, est un vêtement simple. Pour les hommes, elle est en T avec des manches longues. Sa longueur est variable : pour certains, elle tombera jusqu'aux genoux, tandis que chez d'autres elle s'arrêete au niveau de la taille. Au XIIIème siècle, elle tombe le plus souvent au niveau des cuisses. Du côté des femmes, elle sera toujours longue et ample, comme une deuxième robe.

    Homme vêtu d'une chainse longue et d'un cale

    Dans cette photo ci-dessus, l'on peut voir un homme vêtu d'une chainse longue et ample, le chef couvert par un cale. Il porte également une paire de chausses et de courtes bottes.

      Enfin, les braies. Elles semblent n'avoir été portées que par la gent masculine, ou du moins nous n'avons rien trouvé de tel chez les dames. En cette époque, elles sont longues et tombent au niveau des mollets. Elles vont se raccourcir au fil du temps, si bien qu'au siècle suivant, elles seront plus proches du caleçon moderne.

    Braies

     

    II - Les vêtements

      Comme déjà dit, il est très mal vu de montrer ses sous-vêtements, excepté sous certaines conditions telles qu'une canicule. Systématiquement, l'on portera, par-dessus la chainse et les braies, des vêtements plus épais et, surtout, esthétiques. Ceux-ci sont faits en laine et sont plus divers.

      Du côté des hommes, les jambes sont toujours recouvertes de chausses. Contrairement à ce que l'on peut lire un peu partout, ce nom ne désigne pas les chaussures, mais une sorte de partie de pantalon (étymologiquement, le terme de chaussure signifie "ce qui complète les chausses" - y sera lié aussi celui de chausson - ce qui se trouve au bout des chausses). Selon les pays, elles s'attachent au brayel (ceinture qui ferme les braies) ou à des oeillets par de petits lacets. Les chausses sont très moulantes (tant par soucis esthétique que par économie de tissu) et la mode veut que les bouts de leurs manches soient dissimulés dans les chaussures, pour ceux qui en ont (voir le III). Pour ce faire, elles sont complétées par un étrier ou un chausson (qui entoure tout le pied). Les braies peuvent être partiellemen tvisibles, mais seront le plus souvent cachées par le tissu supérieur.

      Chez les femmes, des cas de chausses sont signalés, mais elles paraissent avoir été très rares.

    Paire de chausses

      En haut, la plupart portent une tunique : de même forme que la chainse, ce vêtement de laine est encore assez long en ce XIIIème siècle, si bien qu'il peut ressembler à une courte robe.

    Tunique XIIIème

      Du côté féminin, on porte la sous-robe, ou cotte (terme qui désigne n'importe quel vêtement long), qui s'enfile sur la chainse. Encore par-dessus, l'on va porter la robe du dessus, ou surcot. Il n'est pas rare pour ce dernier de ne pas avoir de manches.

    Robe XIIIème siècle

      Les robes sont d'ailleurs portées indifféremment du sexe au sein de la noblesse et de la haute bourgeoisie.

     

    III - Les survêtements

      À tout cela peut s'ajouter d'autres pièces. Évidemment, chacun aura déjà pensé aux chaussures. Les bottes, malgré les croyances populaires, sont en général très courtes. Elles sont réalisées en cuir (matériau au prix élevé) et sont assez diverses. Il n'est pas rare que les basses couches de la population ou certaines castes (Franciscains) aillent pieds nus. C'est aussi pour palier au prix élever des chaussures que vont se populariser les chaussons (au bout des chausses, donc), qui permettent de contrer ce problème tout en ayant les pieds plus ou moins couverts.
      Elles sont la plupart du temps assez simples. Certaines vont identiques aux sandales gréco-romaines. Les bottes hautes ont probablement été portées par certains hommes très riches, à cheval.

    Chaussures

    La mode vestimentaire au XIIIème siècle

      Ensuite, nous remontons à la tête. Il va de soi que le cale n'est pas très esthétique et qu'il vaut mieux éviter de sortir avec (d'autant que, les liens noués, ça vous donne l'air sacrément ridicule). Pour y remédier, les couturiers de l'époque ont su créer une multitude de couvre-chefs plus ou moins originaux.

      En été, le simple chapeau de paille, immuable, garde toujours son efficacité. À ce propos, il semble que le célèbre chapeau cônique d'Extrême-Orient ait aussi été porté de par chez nous. Les chapeaux de feutre sont également très populaires, et certains sont étranges, voire même carrément saugrenus, comme en témoignent ces enluminures :La mode vestimentaire au XIIIème siècle

    La mode vestimentaire au XIIIème siècle

     

     

     

     

     

     

     

     

      Il en a bien sûr existé d'autres, plus simples et/ou moins déjantés.

      Un autre couvre-chef bien plus sérieux et qui se portait durant les saisons plus fraîches : le chaperon. Il s'agit d'une capuche entourée d'un grand col qui peut recouvrir les épaules. Les bords de la visagière sont généralement avancés sur une 5cm, et délimitent exactement la forme du visage. La longueur du pan varie. Certains le portent très court, d'autres extrêmement long. C'est également l'attribut des bouffons, qui aiment à arborer plusieurs cornettes.

    Chaperon

      Quant aux femmes, elles peuvent également porter le chaperon. La coutume veut que leurs cheveux soient le plus souvent couverts, ainsi portent-elle la coiffe, cet assemblage de tissus (du lin pour les pauvres, d'autres plus précieux comme de la soie pour les riches).

      Parmi les autres survêtements, se trouve notamment le mantel - qui n'est en fait qu'une cape. En plus d'être un grand renfort contre le froid, le mantel est un grand vêtement d'apparat que l'on décore abondemment pour montrer sa richesse. L'image ci-dessous montre un costume du XIVe siècle, mais les capes et les coiffes n'ont pas connu de très grands changements.

    La mode vestimentaire au XIIIème siècle

     

      Enfin vient le tour des ceintures. Celles-ci sont soit en cuir, soit en laine. Les premières sont privilégiées pour leur solidité, tandis que les secondes sont plus souvent l'attribut de femmes. On y attache son escarcelle, son aumônière et autres bourses, ainsi que diverses décorations. Elle peut être plus ou moins décorée.

    IV - Les bijoux

      Ils peuvent être divers et variés. À la campagne, de simples décorations rustiques (dents d'animaux, pendentif de bois sculpté) peuvent être portés par les roturiers. Le reste du temps, les bijoux ne sont pas très répandus au sein de la roture. On trouve couramment des chapelets en bois ou en os.
      Chez les nobles, le bronze, l'argent et l'or peuvent être portés, avec des pierres précieuses. Les clercs haut placés peuvent être de véritables bijouteries ambulantes (une mitre d'archevêque pouvant parfois peser plusieurs kilos à cause de toutes les pierreries qui y sont incrustées).

     

     

      Pour conclure cet article, je vous présente quelques enluminures du XIIIème siècle montrant différentes classes sociales.

    Voici premièrement un groupe de paysans au travail :

    La mode vestimentaire au XIIIème siècle

    Ensuite, deux fauconniers (classe très prestigieuse appartenant à la haute noblesse). Notez la force des couleurs et la complexité de leur costume.

    La mode vestimentaire au XIIIème siècle

     

    Vous avez désormais toutes les clés pour concevoir avec exactitude les affublements de Christof, Franz, Johannes et Hasbrin !

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  • Commentaires

    2
    Jeudi 18 Juin 2015 à 21:28

    C'est une technique ma foi bien pensée mais incroyablement honteuse, un total irrespect envers la mémoire des anciens écrivains.

    1
    Vanessa
    Jeudi 18 Juin 2015 à 21:08

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